Les Bouchers verts et Adam’s Apples : deux films méconnus avec Mads Mikkelsen

HANNIBAL — Season: 1 — Pictured: Mads Mikkelsen as Dr. Hannibal Lecter — (Photo by: Robert Trachtenberg/NBC)

 

J’imagine que si vous vous retrouvez ici, c’est que vous avez une vague idée de qui est Mads Mikkelsen. Rendu célèbre internationalement grâce à son rôle du méchant dans James Bond : Casino Royale, il multiplie depuis les rôles à succès. Parmi eux : 

  • le charismatique docteur Hannibal dans la série éponyme de Bryan Fuller
  • le scientifique Galen Erso dans le premier spin-of de la saga Star Wars
  • Lucas, injustement accusé de pédophilie dans La Chasse de Thomas Vinterberg (dont je vous conseille d’ailleurs cette critique du site Le cinéma est politique)
  • plus récemment, le protagoniste principal dans Drunk, du même réalisateur

Néanmoins, la carrière du Danois n’a pas commencé avec James Bond, loin de là. En effet, avant cela, il a tourné dans une quinzaine de longs métrages dans son pays natal. C’est de deux de ces films dont je souhaite vous parler aujourd’hui. Leurs points communs ? Mads Mikkelsen dans le rôle titre, bien sûr, mais aussi le même réalisateur : Anders Thomas Jensen. 

 

Les bouchers verts – Anders Thomas Jensen – 2003

Synopsis 

Svend est un homme peu séduisant qui, comme on le lui répète sans cesse, transpire beaucoup. Il travaille pour Holger, un boucher qui le rabaisse constamment. Après une énième remontrance, Svend décide d’ouvrir sa propre boucherie et convainc son collègue Bjarne de le suivre dans cette aventure.

« Il y a quelque chose de mythologique à tuer un animal et puis à se moquer de lui en farcissant ses tripes de sa propre chair. Voyez-vous quelque chose de plus humiliant que de se faire farcir son propre cul ? »
Holger

Malheureusement pour eux, l’inauguration de la boutique est un échec. Les choses ne semblent pas s’améliorer puisque, non seulement Svend se fait quitter par sa femme, mais il découvre également, dans la chambre froide de la boucherie, le cadavre de son électricien qui s’est accidentellement enfermé dedans. 

« C’est la saisons des barbecues. C’est pas le moment de rompre. Les gens veulent des côtelettes. »
Svend

Ce même jour, Holger, l’ancien employeur de Svend et Bjarne, se rend dans la boucherie, bien décidé à les humilier. Pour cela, il demande de la viande qu’il servira lors d’un grand dîner qu’il organise. De colère, Svend décide de lui donner des filets découpés dans la jambe de son électricien et accompagnés de marinade maison. Le lendemain, les invités du dîner de Holger se bousculent dans la boucherie, déterminés à obtenir davantage de ces délicieux filets. C’est le début du succès. 

 

Mads Mikkelsen : le boucher pitoyable 

Le rôle que tient l’acteur est très intéressant puisqu’il s’agit d’un type de personnage pour lequel on ne s’attendrait pas à éprouver de la compassion.

« Qu’est-ce qu’elle a dit ?
– Des absurdités…comme quoi tu devrais voir un psy. N’en parlons plus. Découpe-la et puis c’est tout. »
Bjarne et Svend

Pour cause, Mads Mikkelsen interprète Svend, l’archétype du loser. Personne n’a l’air de le respecter, pas même sa femme, et sa transpiration excessive semble être un symptôme de sa peur perpétuelle : peur de ne pas plaire, peur d’être un bon à rien, peur des autres. 

« Bon, je rentre. Tu sors ce soir ?
– Non, j’ai un peu mal au ventre. J’ai pas envie de voir du monde.
– Alors évite la chambre froide. »
Svend et Bjarne

Svend a vécu une enfance malheureuse. En effet, orphelin, il était brutalisé par ses camarades. Son histoire pourrait aisément nous inspirer de la pitié s’il ne s’en servait pas pour justifier les crimes commis au nom du succès.

« On ne m’a jamais aimé. Mais aujourd’hui, les gens m’ont souri. J’ai trouvé ça très agréable. »
Svend

Pourtant, malgré l’antipathie dégagée par le personnage, il parvient malgré tout à nous toucher. Pourquoi ? Eh bien parce que, si nous regardons plus loin que l’histoire qui nous est racontée, nous sommes amenés à réfléchir sur un sujet pouvant faire écho à certains d’entre nous : le besoin de reconnaissance qui, s’il peut trouver son origine dans notre passé, ne peut néanmoins être satisfait que par l’estime que nous nous accordons nous-mêmes dans le présent. 

 

Adam’s Apples – Anders Thomas Jensen – 2005

Synopsis

Adam est un néo-nazi qui vient d’être libéré de prison car il accepte de participer à un programme de réhabilitation. Il intègre alors une petite communauté gérée par un pasteur, Ivan. Celui-ci incite son nouveau pensionnaire à poursuivre un objectif lors de son séjour ici. Pour se moquer du pasteur, Adam choisit d’oeuvrer à la réalisation d’un gâteau aux pommes. Ivan accepte, mais lui enjoint de veiller sur le pommier du jardin jusqu’au moment de la récolte. L’affaire est entendue.

« Oh quel bel homme ! C’est ton père ?
– C’est Hitler. »
Ivan et Adam

Nous suivons alors la quête d’Adam, qui partage également les lieux avec un ancien braqueur de stations-service et meurtrier, Khalid, ainsi qu’avec un voleur et violeur alcoolique, Gunnar. Faire un gâteau aux pommes ne s’avère pas aussi simple que prévu et de nombreux obstacles se dressent entre Adam et son objectif: le four rend l’âme, le pommier est attaqué par des corbeaux puis par des vers… Pas de la tarte donc ! (désolée pour ça)

« Es-tu malfaisant ? Non, n’est-ce pas ? Tu sais quoi ? Oublie ce mot. Les malfaisants, ça n’existe pas. Nous n’y croyons pas. »
Ivan

 

Mads Mikkelsen : le pasteur ingénu

 Dans Adam’s Apples, Mads Mikkelsen interprète le pasteur Ivan. Tout comme le rôle de Svend dans Les Bouchers verts, celui-ci est intéressant, surtout grâce à l’évolution de sa perception par le spectateur. 

Pendant la première partie du film, Ivan nous apparait comme extrêmement naïf, voire idiot. Sa positivité est telle qu’il rejette en bloc tout ce qui est négatif, même ce qui se trouve juste devant ses yeux.

Par exemple, au moment de présenter ses colocataires à Adam, Ivan lui explique que Gunnar est sobre depuis 26 mois. Cette affirmation est pourtant rapidement démentie par les nombreux cadavres de bouteilles gisant dans la cuisine, et par Gunnar bien sûr, ivre en permanence.

« Je vais aux urgences. Mangez sans moi.
– Tu passes en courses ?
– Je peux.
– Tu peux me prendre du sirop pour la toux ?
– Quelle marque ?
– Grand Marnier. »
Ivan et Gunnar

Plus tard, lorsque Khalid doute ouvertement des capacités de pâtissier d’Adam, celui-ci lui rétorque une insulte raciste. Ayant assisté à la scène et contre toute attente, Ivan félicite Adam pour sa détermination et lui dit que « c’est comme ça qu’on obtient un gâteau ». 

Adam est perplexe face à l’attitude du pasteur, mais un médecin qu’il rencontre lui raconte finalement l’histoire de son hôte : sa mère est morte en couche, et lui et sa soeur étaient violés par leur père, qui a fini par être emprisonné. D’autres révélations viendront ensuite, mais l’on comprend alors, comme Adam, qu’Ivan « tend l’autre joue » face aux aléas de la vie, et que son apparente candeur est en fait ce qui lui permet de survivre. Même si l’entourage du pasteur se moque de sa foi inébranlable, il est pourtant le ciment de la communauté qu’il a créée, et influence ses semblables, même contre leur gré. 

« Et si c’était Dieu qui te poursuivait ?
– Pourquoi ?
– Parce qu’il te déteste. »
Adam et Ivan

Pour conclure, j’espère vous avoir rendu curieux de ces deux films danois qui, s’ils sont certes assez singuliers, tant dans leur sujet que dans leur réalisation, nous donnent à voir deux représentations de la réaction humaine face à l’épreuve. Si Svend et Ivan sont bien différents, ils ont néanmoins en commun un passé douloureux qu’ils tentent de surmonter, quelle qu’en soit la manière. Enfin, difficile de ne pas signaler que, déjà à l’époque, Mads Mikkelsen était talentueux.  Il serait donc dommage de se priver de le voir sous un autre jour, même si ce jour-ci n’est pas celui qui lui sied le plus au teint.  

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La publication a un commentaire

  1. Lou.P

    Hahaha le premier a l’air génial. Intéressant que le visage assez normatif et symétrique de ce mec ne lui ait pas valu de rôles trop binaires. Cool 🙂